Témoignages sur la guerre d'Algérie
Les 16 et 17 mars, toutes les classes de 3ème ont assisté à une intervention de témoins de la guerre d'Algérie, des hommes et des femmes d'origine différentes mais qui ont tous vécu ces évènements. Aujourd'hui, ils témoignent ensemble de ce qu'ils ont vécu avant, pendant et après la guerre d'Algérie.
Ces séances ont eu pour objectif, dans le cadre du programme d'histoire, d'identifier clairement les acteurs de la guerre d'Algérie et de déconstruire les idées reçues au sujet de cette guerre.
Les échanges avec les témoins ont permis également à un certain nombre d'élèves d'évoquer leur histoire familiale et de répondre à certaines interrogations personnelles.
Les témoins

Marie-Claire SEGADO, née le 13 août 1957 à Oran en Algérie. Sa famille, originaire de France et d'Espagne, est venue en Algérie pour avoir un meilleur niveau de vie.
À partir de 1961, Oran, jusque là assez préservée, a subi une espèce de guérilla avec attentats et assassinats, qui touchaient les civils algériens comme européens.
Sa famille a été rapatriée en France avec l'aide de l'entreprise Saint-Gobain, qui a muté son père à Chalon-sur-Saône en 1962.
J'ai longtemps rejeté cette histoire familiale. J'y suis revenue par la suite et je m'aperçois combien c'est important pour comprendre le monde et se comprendre soi-même.
Marie-Claire SEGADO

Mohamed Matmati a écrit un livre sur son histoire, Souvenirs d'enfance de la guerre d'Algérie.
A 8 ans, il a vécu ces évènements à la campagne, en Petite Kabylie, où il a vu les prémisses de cette insurrection et les premières actions militaires. Puis c'est à Constantine et a Bône (maintenant Annaba) qu'il a vécu l'essentiel de cette guerre qui a marqué la fin de la colonisation de l'Algérie.
Il y raconte son école primaire, les rapports avec les instituteurs et avec les écoliers français, et la vie dans un quartier populaire où vivaient aussi ceux que l'on appelait "les Français d'Algérie". Il parle de l'accroissement de la tension entre les deux communautés dès le début des années soixante.
Il montre aussi comment les évènements qu'il a vécu ont induit en lui un profond processus de maturation. Il évoque enfin ses premières déceptions durant la période d'après l'Indépendance et s'interroge sur l'Algérie d'aujourd'hui.
Mohamed MATMATI a obtenu un doctorat en sciences économiques. Il est aujourd'hui professeur émérite à l'École de management de Grenoble, où il enseigne notamment la géopolitique.

Michel Wilson est né à Alger en 1952. Sa famille est un mélange de plusieurs origines : américaine et française d'Arras du côté de son père, Alsacienne et Provençale du côté de sa mère.
Vivant en centre ville d'Alger, om a assisté à des crimes de rue dus à l'OAS. Son oncle a été assassiné par l'OAS pour avoir protégé ses ouvriers musulmans. Sa famille est restée en Algérie jusqu'en 1965 et a vu les premières années de l'Algérie nouvelle.
En France, je me suis réinvesti dans mon histoire algérienne en adhérant à Coup de Soleil dès sa création en 1985.
Michel WILSON

Roger Gosselin était appelé du contingent en 1958, formé à l'école des fusiliers marins de Siroco près d'Alger. Il a passé 15 mois en Algérie.
Radio de section, affecté dans une équipe opérationnelle dans le bled, il baroudé pendant un an dans de nombreuses situations de "pacification".
Mon parcours se place dans le contexte politique de l'époque, où la décolonisation, espoir des peuples dominés, se heurte aux résistances conservatrices et aux malheurs de ceux qui croyaient pouvoir faire confiance aux hommes politiques de cette époque.
Roger Gosselin

Saïd Merabti est né en 1955 à Tigzirt-sur-Mer en Kabylie, à l'est d'Alger. Sa famille a été rapatriée en juillet 1962. Ils ont passé trois mois au camp de Bourg-Lastic puis ils ont rejoint d'autres familles à Poix-de-Picardie, dans la Somme.
Ils vivaient à quatre personnes dans une pièce d'une quinzaine de mètres carrés. Les toilettes communes étaient à l'extérieur, ainsi que le robinet d'eau. Il a été scolarisé pour la première fois à l'âge de sept ans, alors qu'il ne parlait pas du tout le français.
L'hiver 1964 a été très rude, et les familles étaient toujours dans l'attente de l'attribution d'un logement décent. C'est pourquoi un certain nombre de familles, dont la sienne, sont descendues dans le sud, notamment dans les quartiers nord de Marseille. Il a pu y suivre une scolarité normale, malgré ses lacunes en français, et a obtenu plusieurs diplômes (CAP en mécanique générale et CAP dessinateur en construction mécanique).
Saïd Merabti a été animateur puis président d'une radio, membre fondateur de plusieurs associations liées à la culture, au mouvement de droits civiques et aux Harkis. Il a également été adjoint au maire de Vitrolles.




